Réforme de la licence : bientôt la fin du « maillon faible » ?
Publié le 13 juillet 2011, Modifié le 18 juillet 2011 Par Florianne FinetFaire de la licence un diplôme attractif, permettant la réussite des étudiants et un accès rapide à l'emploi : voici les défis que la nouvelle licence est censée relever. Le projet d'arrêté a été approuvé par le Cneser le 12 juillet, mais son application ne devrait pas intervenir avant la rentrée 2012. Si la situation a évolué depuis la mise en place du LMD, beaucoup de chemin reste à parcourir. En cause, le sous-financement actuel du cycle licence et un certain désintérêt des enseignants-chercheurs et présidents d'université pour la réussite des étudiants.

Faire de la licence un diplôme attractif, permettant la réussite des étudiants et un accès rapide à l'emploi : ce sont les défis de la nouvelle licence.
© Bordeaux 3
Février 2007. « La licence deviendra la référence d’un post-bac réorganisé assurant une réelle égalité des chances », affirme la CPU à l’issue de son colloque à Metz. « Il faut engager une révolution copernicienne qui remette l'étudiant – et non plus les enseignants-chercheurs ou les disciplines – au centre des préoccupations des universités », complète audacieusement Jean-Pierre Finance, premier vice-président de la Conférence. Mai 2011. Louis Vogel, le nouveau président, proclame : « il faut porter le même niveau d'exigence pour le cycle licence que pour la recherche ». Une évolution jugée indispensable pour revaloriser la licence face aux filières sélectives, classes prépa, IUT et de plus en plus, écoles post-bac en management et ingénierie. Le premier cycle universitaire souffre depuis longtemps d’une mauvaise image auprès des élites politiques et économiques – presque toutes passées par les grandes écoles –, des étudiants et de leurs familles qui ont développé des stratégies de contournement pour éviter le premier cycle universitaire, à l'exception notable du droit et des filières santé. Entre ces deux déclarations, le plan réussite en licence, doté de 730 millions d’euros sur cinq ans, et la loi LRU sont passés par là. Et un nouvel arrêté, plus contraignant, censé faire de la licence un diplôme pour l’emploi, devrait bientôt remplacer celui d’avril 2002. Alors que la plupart des universités sont désormais autonomes, sont-elles capables de relever enfin le défi de l’attractivité et de la réussite des étudiants ?
Échec de la régulation de la carte des formations post-bac
Pour limiter la concurrence jugée déloyale des « prépas » qui recrutent les meilleurs bacheliers tout en bénéficiant de confortables moyens financiers, la CPU demande officiellement au ministère en 2007 leur intégration au sein du système universitaire, avec l'objectif que les universités deviennent les garantes de la cohérence du système d’enseignement supérieur au niveau local. Directement confrontés à la désaffection des bacheliers S, les doyens d’UFR scientifiques proposent dès cette époque de réduire les intitulés des mentions et de créer des parcours d’excellence réservés aux meilleurs. Quatre ans plus tard, des cycles préparatoires ont été créées dans les universités. Pour le reste, rien n’a changé.
L’harmonisation du système d’enseignement supérieur français est remise à plus tard, alors que l’université est l’unique référence dans la majorité des pays étrangers. En revanche, les universités ont su utiliser les souplesses de l’arrêté licence de 2002 pour contourner discrètement l’impératif de non-sélection des étudiants. La mise en place des parcours dits « renforcés » (bi-cursus, double diplôme, collèges de droit, cycles préparatoires aux écoles d’ingénieurs) est un moyen d’attirer les très bons bacheliers. Si cette évolution est jugée nécessaire par des universités engagées dans une course à la différenciation, l’influence de ces dispositifs sur les choix d’orientation des bacheliers reste délicate à évaluer. À l’UPMC, en tout cas, l’objectif semble être atteint. La part de nouveaux inscrits ayant eu une mention bien ou très bien au baccalauréat a nettement augmenté depuis l’instauration des doubles cursus, affirme l’établissement. Mais comment savoir quel aurait été leur choix sans ces dispositifs : une classe préparatoire, un IUT, une université francilienne ?
La question de la régulation du système post-bac se pose également avec acuité pour les bacheliers technologiques et professionnels, qui se retrouvent pour partie en licence générale (17 % des étudiants de L1 en 2009), faute de places dans les sections de techniciens supérieurs ou dans les IUT. Et ils y échouent souvent. Ces filières courtes, qui leur étaient initialement destinées, sont en effet utilisées par une partie des bacheliers généraux pour contourner le premier cycle universitaire – les masters universitaires restant attractifs aux yeux des étudiants. En 2010, un quart des entrants en BTS avait obtenu un bac général. Le rapport Demuynck, rendu public en mai, préconise de mettre en place des quotas pour garantir une place aux bacheliers des filières technologiques et professionnelles en IUT et BTS, mais la CPU et Valérie Pécresse y sont opposés.
Prise de conscience de l'enjeu lié à la réussite des étudiants
Le deuxième défi majeur auquel doit faire face la licence est la lutte contre l’échec des étudiants et l’amélioration globale des conditions d’études. De ce point de vue, le plan réussite en licence a marqué un tournant au moins symbolique, en faisant de la réduction du taux d’échec en L1 une priorité. Au regard des différents bilans effectués par l’Igaenr, le comité de suivi licence ou l’Unef, l’hétérogénéité dans la mise en œuvre des mesures entre et au sein des universités semble être la règle. Si l’accueil des nouveaux étudiants, le tutorat pédagogique, les enseignants référents ont été largement repris, l’augmentation du volume horaire, la généralisation de cours-TD intégrés ou le contrôle continu restent le fait d’universités pionnières. Difficile de promouvoir un tel plan quand les étudiants ne sont intéressés que par les seules actions bénéficiant de crédits ECTS ou de bonus, avance l’Igaenr pour expliquer ce maigre bilan. Réussir à motiver les étudiants est un enjeu essentiel pour garantir l’efficacité des semestres « de remédiation », ont également remarqué les promoteurs des semestres de remédiation à Bordeaux 1 et 4.
La mise en place d’un cadrage réglementaire serait-elle la solution pour garantir une application uniforme du plan ? « La réussite des étudiants est un enjeu national qui ne peut être laissé à la seule bonne volonté des universités », avance l'Unef. Avant de quitter le ministère de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse a finalement accédé aux demandes des principales organisations étudiantes – et notamment de l’Unef – en inscrivant dans le projet d’arrêté plusieurs dispositifs d’accompagnement et de suivi des étudiants prévus par le PRL. La nouvelle réglementation prévoit aussi l’instauration d’un volume horaire minimal de 1 500 heures de cours et un encadrement renforcé des modalités d’examen. Des modifications qui signifient un retour à plusieurs dispositions des arrêtés Bayrou de 1997 et qui suscitent certaines critiques. « Ce n'est pas en accumulant les heures de cours en présentiel qu'on aidera les étudiants à développer leur esprit critique, leur capacité de synthèse, toutes sortes de qualité qui sont le propre de l'université », estime Francine Demichel, qui fut directrice générale de l'enseignement supérieur entre 1997 et 2002.
Faible implication des enseignants-chercheurs
Référentiels : Des référentiels de compétences sont définis pour une discipline ou un ensemble de disciplines par le ministre chargé de l'Enseignement supérieur. Ceux-ci déclinent les compétences disciplinaires, linguistiques, transversales et pré-professionnelles que doivent acquérir les titulaires de la licence.
Volume horaire : La formation, confiée à une équipe de formation coordonnée par un responsable, représente un volume d'au moins 1 500 heures d'enseignement sur l'ensemble du cursus de la licence.
Insertion professionnelle : L'université met en place des actions concourant à l'insertion professionnelle des étudiants. En outre, chaque parcours de formation prévoit la possibilité d'un stage obligatoire ou facultatif intégré au cursus et faisant l'objet d'une évaluation concourant à la délivrance du diplôme. Les parcours peuvent notamment être organisés en articulant des champs disciplinaires majeurs et mineurs.
Modalités d’évaluation : Le mode du contrôle continu et régulier fait l'objet d'une application prioritaire sur l'ensemble du cursus conduisant à la licence. La compensation est organisée entre deux semestres immédiatement consécutifs.
Autre frein majeur à la bonne application des mesures destinées à améliorer la réussite des étudiants pointé par l’Igaenr, le manque de motivation des enseignants-chercheurs. En cause, la prédominance des activités de recherche dans les procédures de recrutement et d’évaluation. Fin 2007, Jean-Pierre Finance appelait déjà les présidents d’université à mieux reconnaître l’investissement des enseignants-chercheurs dans les activités d’enseignement. Le comité de suivi licence estimait lui nécessaire d’inciter les professeurs à réinvestir la licence. Aux Etats-Unis, les enseignants ont tendance à considérer le premier cycle comme un vivier d'étudiants prêts à s'engager dans la recherche et non comme un flux à réguler à tout prix. Après les discours, le temps serait-il venu de passer aux actes ? En mai dernier, la CPU a appelé ses membres à engager une « révolution pédagogique ». L’enjeu est de taille : l’amélioration de la qualité des enseignements et des conditions d’études peut devenir un argument majeur pour convaincre les étudiants de choisir l’université. Cette « révolution » passerait notamment par la garantie d’une évolution de carrière prenant en compte l’engagement pédagogique des enseignants-chercheurs et une valorisation de cet engagement dans le référentiel des services. « Cela doit devenir un acte politique de chaque établissement », affirme Daniel Filâtre, président de la commission formation de la CPU. Une gageure alors que les universités sont engagées dans une course aux financements du grand emprunt.
Développer les services de soutien aux formations en licence figure également dans les 15 propositions de la conférence élaborées à l’issue de son colloque de 2011. La constitution d’équipes pédagogiques, sur le modèle des équipes de laboratoire, est une mesure évoquée par Louis Vogel pour améliorer la cohérence des enseignements et le suivi des étudiants. Mais ce dispositif, mentionné dès 2002 dans l’arrêté Lang sous le terme d’« équipes de formation », a bien du mal à se mettre en place. Du côté du ministère, le projet d’arrêté sur la licence mentionne clairement le rôle que peut avoir l’évaluation des enseignements par les étudiants dans l’amélioration de la qualité des formations. La nécessité d’adapter les méthodes d’enseignement aux nouveaux publics étudiants, via le développement du travail en équipe, des études de cas ou la pédagogie par projet commence à faire consensus chez les universitaires. Là aussi, la mise en place est encore laborieuse.
Garantir des débouchés aux étudiants de licence
Reconquérir le cœur des étudiants passe aussi par la mise en place de parcours plus « sécurisés » en matière de débouchés, pour rassurer les étudiants et leurs familles, estime Daniel Filâtre. Une préoccupation qui rejoint celle de Valérie Pécresse de faire de la « nouvelle licence » un diplôme « de référence pour l’emploi ». « Un diplômé de licence générale doit pouvoir s'insérer demain aussi facilement et aux mêmes conditions qu'un diplômé de DUT ou de licence professionnelle », annonce-t-elle en février. Pour atteindre ce but, des référentiels de formation, articulant savoirs académiques et compétences professionnelles, destinés à améliorer la lisibilité du diplôme auprès des employeurs, sont en cours d’élaboration. Ils doivent être annexés progressivement à l’arrêté sur la licence. Ce texte prévoit également que chaque étudiant doit avoir la possibilité de faire un stage au cours du premier cycle universitaire. Des représentants du monde socio-professionnel doivent être associés à la conception des formations et participent aux enseignements. L’idée d’instaurer un semestre de professionnalisation avec un stage a finalement été abandonnée après quelques mois de concertation.
Près de dix ans après la mise en place du LMD, le sous-financement des formations de licence générale et la segmentation du système d’enseignement supérieur restent des freins importants au rétablissement de l’image de l’université. Aucun élément de rééquilibrage financier n’est prévu dans le nouvel arrêté licence. En revanche, un changement de mentalité semble s’amorcer sur la nécessité de replacer l’étudiant au cœur des politiques des établissements. Reste aux universités à transformer l’essai.
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