N°59 // Mars 2011

Éditorial par Sarah Piovezan

Il était une fois une ville deux fois plus petite que Paris, dans un environnement hostile, éloignée de plusieurs centaines de kilomètres des poumons économiques mondiaux, écrasée par la chaleur et l'humidité malsaine d'un climat équatorial. Une ville qui a connu près de 15 % de croissance en 2010, dont le PIB par habitant est supérieur à celui de la France depuis la fin des années 1990, où 95 % de la population est propriétaire de son logement, où la Sécurité sociale est excédentaire, et qui domine de la tête et des épaules les plus vieilles nations européennes dans le dernier classement Pisa de l'OCDE, révélant un niveau d'éducation de sa jeunesse équivalent à celui de la Finlande.
« Au départ, Singapour n'avait pas grand-chose pour elle »
, résume laconiquement Noël Amenc, directeur de la recherche à l'Edhec. « Mais là-bas, quand ils décident, ils font. » Et ce qu'a décidé Singapour, ces vingt dernières années, ressemble étrangement à ce que la France ébauche à peine depuis 2007 : investir massivement dans l'enseignement supérieur et la recherche. L'économie de la connaissance y est déjà plus qu'un concept. Singapour, petit laboratoire du capitalisme mondial, est en perpétuel renouvellement, à l'image du chantier à ciel ouvert qu'elle offre au regard des visiteurs. Mais derrière Singapour, c'est la Chine que l'on devine. La vaste Chine, dont elle est un poste avancé, et qui s'en sert comme d'une station expérimentale en matière économique et politique. C'est aussi pour cela qu'il faut regarder à Singapour, et de près.




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